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Une seconde, on calibre les couleurs.

Rebranding Lacoste : analyse de la nouvelle identité 2026

Tout le monde reconnaît l'iconique crocodile mais une bonne partie d'entre nous ignore que la maison est française. Oui oui, cocorico. Ce constat, tiré d'une enquête commandée par la marque, explique une refonte que Lacoste préfère appeler évolution. Le signe bouge à peine, un vert réajusté et une langue rouge remise en avant alors que le vrai basculement se joue plutôt dans le passage du sans serif au serif, qui déplace la marque de l'équipementier vers la maison française. Chaque détail suit, jusqu'aux noms de couleurs qui convoquent la terre battue de Roland-Garros. Le pari est habile on doit l'avouer, mais tout le secteur rouvre ses archives en même temps, si bien que la distinction par le patrimoine menace de devenir son propre conformisme.

Lacoste : le jour où le crocodile a rappelé qu'il était français

De quel pays vient la marque Lacoste ? Vous serez surpris du nombre d'hésitations. Le crocodile, tout le monde le reconnaît d'un coup d'œil, mais la maison en France, beaucoup moins. Ce n'est pas une impression de comptoir, car une enquête commandée par la marque en 2023 tombe exactement sur ce constat. Et ce paradoxe est la clé de tout le rebranding, cette refonte dévoilée début 2026 qui, sous ses airs de rafraîchissement, cache une manœuvre autrement plus précise qu'un changement de logo.

Lacoste a d'ailleurs pesé chaque mot afin de ne pas de « refonte » ni de « nouvelle identité » mais d'une « évolution », dévoilée sans grande campagne d’ampleur. Ce vocabulaire prudent en dit long, car on ne rompt pas, on ne renie rien, on avance simplement d'un pas mesuré vers ses propres origines. Le chantier a été mené avec Commission Studio, une agence londonienne rompue aux identités de mode et de luxe, de Rimowa à Tiffany. Notez l'ironie au passage : confier à un studio de Londres le soin de rendre une marque plus lisiblement française…

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Crocodile Lacoste et René Lacoste

Tout se joue dans une lettre

La précédente identité datait de 2011 : un logotype à la typographie linéale, sans empattements, propre et neutre, avec le crocodile posé au-dessus. L'époque voulait ça, aplanir et simplifier, “blender”, gommer les aspérités jusqu'au signe lisse et interchangeable, et Lacoste avait suivi le troupeau.

Mais la nouvelle version rebrousse chemin. Le mot Lacoste s'écrit désormais dans un caractère à empattements, dessiné sur mesure, à l’approche resserré, aux proportions soignées. Le glissement du sans serif vers le serif a l'air anecdotique, mais c'est le geste le plus lourd de tout ce rebranding, parce qu'il change la voix de la marque et la tonalité de l’identité. Une linéale disait sportswear, accessible et contemporain, quand un empattement puisé dans les archives dit maison, histoire, autorité. En une famille de caractères, Lacoste quitte le rayon de l'équipementier pour celui de la maison française, et tout le reste en découle.

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Nouvelle identité Lacoste - packaging

Le crocodile hausse le ton

Le symbole, lui, n'a pas été retouché en profondeur, et c'est un bon réflexe, car un logo animal connu sur toute la planète, on n'y met la main qu'en tremblant. Lacoste s'en est donc tenu à des réglages : un vert ramené vers sa nuance historique, et une langue rouge, ce détail d'origine longtemps discret, remise en avant dans certaines déclinaisons. Ce dernier point n'a rien de cosmétique, puisqu'il rend au crocodile un peu de son mordant, une malice qu'un demi-siècle de rationalisation graphique avait fini par éteindre.

Autre mouvement, le crocodile prend son autonomie et va s'afficher seul, sans le mot, sur davantage de supports. La décision est forte, car laisser un symbole voyager sans son nom, c'est parier qu'il tient debout tout seul, à la manière de la virgule de Nike ou de la pomme d'Apple. Peu de marques peuvent se le permettre. Mais Lacoste, dont le reptile a été dessiné dès les années 1920 par Robert George, appartient au club très fermé de celles qui en ont le droit. Souvenez-vous que ce crocodile ne vient pas d'un studio de design, mais d'un surnom attrapé sur un court par René Lacoste lui-même, en 1923 à Boston contre l’Australien James O. Anderson. On comprend bien ici qu’un logotype perdure d’autant plus lorsqu’il provient d’une histoire vraie et profonde.

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Refonte Lacoste 2026 - image d'archive

Une palette qui parle français

C'est dans les couleurs que l'intention se lit parfois le mieux. Trois verts emblématiques, d'accord, mais surtout deux teintes lourdes de récit : un ocre argileux, du côté de la terre battue des courts, et un blanc cassé baptisé farine, présenté comme un hommage au blazer de René Lacoste. Ajoutez la signature manuscrite du fondateur, réintroduite sur quelques points de contact dont les cafés de la marque, et le retour de motifs d'archives autour du tennis et du golf, surtout sur les emballages.

Du nom des couleurs à l'écriture à la main, chaque détail envoie le même signal cohérent : français, ancien, enraciné. Rien n'est neutre, et l'on ne baptise pas une couleur « ocre » quand on peut la baptiser « terre battue » et convoquer Roland-Garros dans la foulée. Roland Barthes appelait ça un mythe, dans son essai de 1957 : cette opération discrète par laquelle un objet quelconque se met à raconter autre chose que lui-même. Une couleur cesse d'être une longueur d'onde pour devenir un morceau de France, un souvenir de mai à Paris, une odeur de brique pilée. Face au diagnostic de 2023, celui d'une marque reconnue mais mal située, la réponse se tient : puisque le problème est une perception, on agit sur les codes qui la produisent.

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Nouveau logo Lacoste - support print Roland-Garros

Refaire sans renier

Le pari est-il aussi malin qu'il en a l'air ? Là, il faut nuancer un peu nos propos. Lacoste surfe sur une lame de fond car après dix ans d'aplatissement, quantité de maisons rouvrent leurs archives, ressortent les empattements, réchauffent leurs palettes et réhabilitent les symboles qu'elles avaient rabotés. Burberry a ressuscité son chevalier, d'autres ont défait leur propre cure de minimalisme, et le retour au patrimoine est devenu une tendance à part entière.

Lacoste s'y engage avec un atout que beaucoup n'ont pas, à savoir de vraies archives, une histoire, un fondateur en chair et en os, un symbole né sur un court. Chez elle, le récit patrimonial ne sonne pas faux. Mais à vouloir se distinguer en revenant à ses racines, on rejoint une foule qui revient à ses racines de la même façon, mêmes serifs et mêmes tons chauds, si bien que la distinction par le patrimoine finit par virer au conformisme. Chez les designers, l'accueil a d'ailleurs été partagé, moins sur le goût que sur le principe. Le juge de paix ne sera donc pas la belle histoire d'archives, que tout le secteur raconte désormais, mais la finesse d'exécution : le dessin des lettres, la justesse du vert, la tenue du système une fois répété par milliers.

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Identité visuelle Lacoste - la french dolce vita

Le plus dur commence après

Lacoste, ce sont environ 1 100 points de vente sur 98 marchés, et l'ambition affichée de viser 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires vers 2028-2030. Dévoiler une identité, même impeccablement, reste la partie facile. Le plus dur vient après, quand il faut déployer le nouveau système sur les nombreuses vitrines, les sacs, les étiquettes, les boutiques et le digital, marché par marché, sans que la cohérence ne parte en lambeaux en chemin.

C'est le point que retiendra tout communicant, et le vrai message pour quiconque prépare un projet de marque. Un logo n'est pas le livrable, c'est la porte d'entrée, la graine qui infuse par la suite tout le système. Ce qui coûte, ce qui pèse, ce qui crée de la valeur, c'est ce fameux système derrière et la discipline avec laquelle on l'applique dans la durée. Une identité ne vaut que reproduite juste, mille fois, par des gens qui n'étaient pas dans la pièce le jour où on l'a dessinée.

Le changement le plus parlant de toute cette histoire est peut-être le plus minuscule : une langue rouge qu'on a rendue un peu plus visible, le signe d'une marque assez sûre d'elle pour laisser son crocodile sourire à nouveau. Si ce sourire finit par convaincre, cela ne se décidera pas dans le logotype, mais dans une vitrine de Séoul ou de Chengdu, deux hivers plus tard.

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Refonte Lacoste 2026 - point de vente

Crédits photos : Lacoste

Écrit par :

Antoine PUYFAGES

Designer graphique

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