Brisbane 2032 : l'emblème qui mise sur le cacatoès
L’Australie a fait son choix et il faut croire que le cacatoès a battu le kangourou et le koala au jeu de la représentativité du pays. En effet, c'est lui qui représentera les Jeux olympiques et paralympiques de Brisbane en 2032 avec deux emblèmes dévoilés le 5 octobre 2026, après que les visuels eurent fuités quelques jours plus tôt sur la chaîne YouTube du comité (oupsi la boulette). Ce lancement un peu brouillon pour une identité qui, elle, assume une chose devenue rare : être franchement figurative avec un volatile chatoyant mis en scène et presque “fun”.
Mais bon après qui sommes nous en tant que français pour le juger après notre logotype "Karen 2.0" pour les J.O. Paris 2024 ?
Un oiseau qui cache une carte, un chiffre...
En première lecture, on reconnait parfaitement la crête de plumes d'un cacatoès vu de profil dans l'emblème olympique mais le comité y a empilé un peu plus que cela :
- La crête reprend la silhouette du Queensland, l'État dont Brisbane est la capitale, avec un œil placé pile sur la ville (et qui cligne en motion design, histoire d'appuyer le côté farceur de l'oiseau).
- Les plumes de cette crête sont dessinées également comme des flammes, à l'image des torches olympiques et paralympiques. Ces dernières sont portées au nombre de cinq, dont trois d'un côté et deux de l'autre, ce qui fait écho au nombre "32" pour 2032.
- Enfin, en bas, les intemporels anneaux olympiques et les Agitos paralympiques accompagnés d'une typographie signature dessinée sur mesure complète ces nouveaux logotypes.
L’oiseau fait son entrée dans la cour des grands sur un ton un peu décalé et sort des clichés des kangourous bodybuildé. Si l’on y réfléchi, cet oiseau à la réputation bruyante fait écho à la ferveur sportive, fait sens par son aspect "sauvage" et qu'on ne peut qu'aimer. Les organisateurs rattachent le choix du cacatoès aux cultures des Premières Nations, où l'oiseau passe pour un messager qui relie les gens, le territoire et la cérémonie. Cela donne au signe une assise que "l'oiseau sympa pour touristes" n'aurait jamais eue, à condition que ce fondement se lise dans le déploiement et pas seulement dans le dossier de presse.
Dans le film de lancement, tout se déplie joliment, la carte, la flamme, l'année. Sur une casquette, à trois mètres, on voit un oiseau rose, point et ce n'est pas un défaut en soi, mais on reconnaît là le logo à tiroirs, celui où chaque élément doit justifier sa présence par une signification cachée. On trouve personnellement que c’est plutôt smart et bien amené. On se questionne sur la touche d’IA dans la production de cette vidéos de présentation (qui est clairement mentionnée en haut, sur YouTube) : est-ce simplement quelques motions design, une partie des images ?
Deux cacatoès jumeaux, mais presque un peu trop ?
Le traitement olympique/paralympique, en revanche, laisse un peu à désirer selon nous. Pas tant par l'exécution mais par la profondeur de la distinction. Même silhouette pour les deux, mais deux espèces et deux colorations : le cacatoès rose, dit de Leadbeater, pour les Jeux olympiques, le cacatoès à huppe jaune, blanc et soufre, pour les paralympiques. Sémantiquement, c’est beau mais visuellement, on a une simple variation chromatique et donc on obtient deux emblèmes jumeaux, bien trop similaires et en fonction des usages que l'on pourra confondre.
Dans son usage monochromatique (blanc sur fond coloré comme il est utilisé actuellement sur les social média), le signe ne devient plus qu'un et la différence entre l'Olympique et le Paralympique n'existe plus.
Quand la différenciation est si mince et ne tient pas sur de multiples cas d'usage, alors pourquoi dans ce cas ne pas faire qu'un seul emblème commun ?
(D'ailleurs, vous ferez attention le Comité Olympique mais les deux emblèmes bien qu'identiques ne sont pas placés au même endroit par rapport à la typo... Il suffit de les superposer ou des les faire défiler l'un après l'autre pour le voir). Aie aie aie les calages).

À rebours de Paris et de LA
Paris 2024 avait sorti une Marianne aux cheveux courts, abstraite et dorée (la fameuse Karen), un seul signe pour l'olympique et le paralympique. Los Angeles 2028 joue un autre jeu bien différent avec un A interchangeable, redessiné par des dizaines d'artistes et d'athlètes pour des styles ultra diversifiés et une belle personnalisation. Tokyo 2020, c'était le damier indigo très sobre d'Asao Tokolo. Alpes 2030 a réduit sa montagne à quelques traits de lumière. Depuis dix ans, la tendance va vers l'abstraction élégante ou le système variable. Brisbane prend une autre route avec une représentation plus franche, chaude, populaire, un animal qu'un gamin reconnaît en une seconde.
Rien de très surprenant venant d'Australie car ce seront les troisièmes Jeux olympiques du pays, après Melbourne en 1956 et Sydney en 2000, et cette édition avait déjà misé sur une figure lisible, un athlète en mouvement composé de boomerangs, de soleil et des voiles de l'Opéra. Brisbane prolonge cette veine solaire et bonnr enfant, qui colle à des Jeux d'été et à une région vendue sur le mode décontracté. Les organisateurs parlent d'un emblème « cheeky », effronté. C'est un mot de marketing touristique autant qu'un mot de design.

Le risque : un emblème qui fait déjà mascotte
Il y a quand même peut-être un hic. Cet emblème est, à peu de chose près, une mascotte. Un animal mignon, coloré, expressif, exactement le registre qu'on réserve d'ordinaire à la peluche officielle. Or la mascotte de Brisbane, elle, n'est pas encore sortie, elle viendra plus tard. Se pose donc une question d'intendance très concrète : que fera-t-on d'un personnage mascotte à côté d'un emblème qui en est déjà un ? Le danger, c'est la redite, deux animaux sympathiques qui se marchent sur les pattes.
Le pari peut fonctionner. Un cacatoès se décline à l'infini, s'anime, se brode, se vend en porte-clés, et après un trop plein de logotypes froids dont nous avons été habitués, on peut avoir envie d'un peu de chaleur ! Il faudra juste une discipline côté système, pour que l'oiseau reste un emblème institutionnel et ne glisse pas dans le gadget.
Une entrée à son image
Parlons du lancement...que l'on peut qualifier de raté pour un événement aussi gros, mais qui colle plutôt bien au personnage qu'est notre nouvelle ami le cacatoès. Une identité « effrontée » dévoilée par accident, à cause d'une vignette YouTube laissée en ligne trop tôt, il y a pire comme cohérence de ton. Le cacatoès a débarqué dans la conversation sans prévenir, en squattant l'écran avant l'heure, là où on ne l'attendait pas. Pour un oiseau qu'on dit bruyant et farceur, c'est presque une entrée réussie.
Crédits photos : Comité Olympique Brisbane 2032